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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 08:09

Hier, je sors du supermarché, les bras chargés. Je suis pressée de poser mes paquets dans les sacoches de mon vélo. J'arrive enfin à mon vélo et brusquement, au détour d'un pilier de béton, je me trouve nez à nez avec un grand chien blanc, attaché au parking à vélo. Il est aussi surpris que moi, les murs nous ayant cachés l'un à l'autre jusqu'au dernier moment. Il se crispe prêt à attaquer. Il se détend aussitôt et j’apprécie ce chien tranquille et qui se calme si rapidement. Il me semble très serein de nature. Et ses yeux dévoilent sa gentillesse et son intelligence. Je repense à tous les discours entendus sur les chiens et le rapport dominant dominé...en me disant à ce moment là, que ça ne devrait pas être le plus important.

Je charge mon vélo et il manque de tomber. Le chien recule et se crispe à nouveau, je le rassure de la voix et il s'apaise à nouveau.

Puis déboule Monsieur Dominant, l'homme blanc, grand, mince, sportif, cheveux bien taillé, bien habillé, vachement sûr de lui. Il fonce mettre son vélo entre le mien et le chien, mais en croisant mon regard il recule et s'excuse. Il n'y a pas la place, sauf en me désintégrant immédiatement. Je me dis que son habitude de dominer est un peu tarée : il ne sait pas prendre en compte la réalité, ni prendre soin des faibles (le chien attaché). Le chien est alors carpette, la queue entre les pattes. Il semble exprimer la désolation d'être attaché et de ne pas pouvoir s'éloigner de ces deux humains trop speed dont cet aveugle à l'existence d'autrui.

Cet homme est le modèle de domination en cours en ce moment, celui qui doit être recherché dans les emplois. Il fonce vers le but qu'il s'est fixé, sans l'adapter à son environnement, même avec des signes flagrants. A très court terme il gagne beaucoup, vite. Les êtres vivants de sous-classe, une femme et un chien, ne sont pas pris en compte.

Et me revoilà de plus belle dans des pensées autour de la domination et l'autorité. J'ai connu de près plusieurs chiens vraiment très intéressants, ni soumis ni dominant, mais intelligents, gentils et pas chiants. Leur maitres ne s'intéressaient pas à les dominer, juste à vivre au mieux avec. Alors que si on les regarde avec les yeux éclairés sur cette question de domination/soumission, ils montrent tous les signes d'une domination extrême qu'il faudrait refréner.

Pourquoi avoir peur d'être dominé par un chien ? Parce qu'on parle de chiens figés, des tarés, des cassés psychiquement. Mais on ne sait pas qu'ils sont loin de la psychologie du chien très bien traité. Car c’est trop rare. Un chien sain est un chien bienveillant, qui va même laisser sa place facilement plutôt que de devenir malveillant.

Les maitres de ces chiens ont aussi un point commun : des hommes qui ne cherchent pas à montrer leur domination, qui sont meneurs souvent, parce que les gens aiment les suivre, mais ne s'imposent jamais. Ils n'ont jamais été énervé après leur chien. Ni coups, ni impatience dans la voix. Mais beaucoup d'attention. Pas cet amour mièvre, acheteur, qui rend le chien objet, celui qui rend les enfants tyrans. Mais plutôt ce sentiment : "Soyons bien ensembles", avec tout le respect, la tranquillité et la bienveillance qui va avec. Un des chiens était une chienne de chasse extrêmement autonome. Un autre était un loup de banlieue. J'éviterai de raconter en détail comme ils étaient dominants, conciliants et bienveillants. Et pas dominants, exigeants et terroristes.

Pédalant sur mon vélo, je me disais que cet homme a tenté de s'imposer, il a sûrement l'habitude de se croire dominant, il s'octroie une autorité par la violence. J'avais pensé que si mon vélo n'était pas encore attaché à une barre, j'aurai reculé à son arrivée, pour me protéger d'une blessure éventuelle. Là, il m'a vu me relever sans le moindre mouvement de recul. Alors c’est lui qui a reculé. Mais s'il n'y avait pas eu une barre de métal me protégeant, j'aurai reculé, comme il s'imaginait certainement que je le ferai pour qu'il ait la place de se mettre. J'ai vu dans son regard la surprise que je ne me sois pas effacée, et la trouille de se faire engueuler.

Se battre pour la première place est une activité de seconde catégorie à mes yeux. Ces gens là polluent les ambiances et ne laissent jamais s'exprimer un bonheur bien plus grand et constructif. De mon expérience, ce combat est une sorte de réflexe chez de nombreuses personnes. Comme s'ils essayaient de sortir de l'oppression. Et ça n'a pas tant à voir avec la réalité, car cet homme là, on ne peut pas dire qu'il soit un opprimé.

Je pense aussi à mon fils, qui arrive à ne pas se laisser prendre dans les rapports de violence des garçons de sa classe. Cette année, pas de chance, il a été entouré de garçons actifs dans ce seul registre. Il n'est pas le meneur qui martyrise tous les autres. Il est populaire, apprécié et il vit sa vie. Et surtout il ne suit pas la course à la domination qui implique de faire parfois n'importe quoi pour rester loyal au groupe qui déraille. Dans la rue, les copains de classes l'appellent, le cherchent, le flattent, mais ça ne prend pas. Je suis toujours surprise de les voir décontenancés. Et je suis fière de mon fils qui sait être très attentif aux autres mais qui se laisse pas embarquer. Il n'a pas la chance d'avoir dans sa classe des enfants qui soient ses véritables amis. Et je le comprend.

Mais son grand ami, qui est dans une autre école, au début était batailleur pour la première place, il était désagréable, il n'en voulait pas comme ami. Mais les adultes ont veillé un peu à se qu'il n'y ait pas de dérapage, et les jeux se sont mis en place. Et très vite, la bataille a fait place à des constructions. Ils ne se disputent quasiment jamais. D'autres enfants ont "appris" à se comporter en ami, et depuis réclament à venir...mais hélas, s'ils apprennent vite, demandeurs de ces relations amicales, leurs parents ne sont pas forcément fréquentables.

Je voudrais que le bien-être ensemble domine le jeu de domination.

L'autorité est la valeur qu'on donne a quelqu’un qui est bénéfique aux autres. Ça ne s'autoproclame pas, ça ne se vole pas. Sinon c’est du terrorisme, plus ou moins acceptés, mais du terrorisme quand même. Sournois ou pas, mièvre, doucereux, cajolant, ou violent, brutal. Toutes les tactiques sont possibles.

PS : je déterre cet article qui était en mode brouillon après avoir écouté une émission de radio sur les bonobos. L'interviewé expliquait que les chimpanzés ont développé une agressivité en raison de la concurrence forte qui existe entre les groupes autour des ressources plus rares. Il évoque le regard des chiens, comme celui d'être soumis au stress de la domination. Les chiens, comme les humains, ne vivent pas forcément soumis à ce registre de rapports. Comme pour tout, on en sort après uen double libération : celle, concrète, d'un envirronnement réellement concurentiel, puis celle, psychologique, de nos peurs qui entretiennent vainement les attitudes guerrières.

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